L'album « Trône » de Booba est disponible, notre avis sur le retour du roi !

L'album « Trône » de Booba est disponible, notre avis sur le retour du roi !

Il est l'un des albums de rap français que le public attendait le plus cette année. Les déceptions, les bonnes surprises du disque : on fait le point ! 


C'est peu dire que l'on attendait avec impatience Trône, le 9ème album studio du rappeur français Booba, qui mène toujours la vie de château du côté de Miami, couronne scintillante vissée sur la tête, fourrure épaisse à la Jon Snow sur ses larges épaules. Nous avions déjà eu un avant-goût de cette nouvelle réalisation avec les titres « DKR », « Eléphant » et « Nougat », dévoilés il y a déjà quelques mois sur la toile, puis avec les premiers leaks plus ou moins convenables du disque à deux ou trois jours de sa sortie. Que faut-il retenir de ces 15 titres proposés par l'Artiste ? Que faut-il, en revanche, jeter aux oubliettes ? On fait le point sur cette nouvelle réalisation à l'esthétisme très egocentrée. 

Les déceptions de « Trône »...

S'il y a bien un sentiment désagréable qui m'a parcouru à l'écoute de cette nouvelle mouture, c'est cette constante et tenace impression d'autoplagiat. Avec Booba, c'est souvent la même rengaine. « DKR » et « A La Folie » partagent, par exemple, ce même beat très World Music, cet exotisme si semblable dans l'instrumental comme dans la diction, qu'ils finissent par se confondre. Prenons aussi le cas du titre « Eléphant » qui ressemble comme deux gouttes d'eau de mer à « 92i Veyron », tiré du disque Nero Nemesis, dans le fond et dans la forme. « Ridin' » est la petite soeur de « Scarface ». Pirate écume toujours les mêmes océans et se dépouille de ses propres morceaux. Un bien curieux contrebandier. 

Autre motif d'insatisfaction : les featurings présentés sur cet album. Au demeurant, le titre « 113 », qui nous propose un couplet du rappeur belge superstar Damso (que vous pouvez retrouver sur le disque « Tueurs » que nous avons analysé) est un bon morceau. Le beat est plutôt original, s'affranchit des standards trap-musique en vogue, le couplet de Dems est, sans surprise, technique et riche en punchlines. Très technique, peut-être trop même... Pour un Booba qui, sans boire la tasse, peine à exister face à son poulain. Et c'est ce déséquilibre qui me gêne. Sur « Ça va aller », on pouvait attendre beaucoup de la présence de Niska, autre membre de l'équipage 92i, qui fait voile vers la réussite avec son album Commando et qui sera bientôt en concert à Montréal. Ce ne sera pas le cas. Un track qui n'a d'autres objectifs que celui d'ambiancer l'auditoire. Sans succès en ce qui me concerne, mes oreilles peinent à s'enticher de ce beat que je trouve grossier. 

Parlons de la participation très dispensable de Dany Synthé sur cet album. Le beatmaker et pygmalion de Maître Gims et MHD (et de Florent Pagny désormais), jury dans l'émission La Nouvelle Star, signe ici deux tracks : « Petite Fille » et le morceau titre « Trône ». Si le premier s'avère au mieux mignon, au pire maladroit avec son texte intimiste et son chant approximatif, le second est à mon sens le véritable maillon faible de cet opus. Quelle déception ! Le beat, très pop et très simpliste, manque cruellement de saveur avec sa guitare de plastique orpheline. Il me rappelle les réalisations du groupe Team BS, avec La Fouine et Fababy. Booba y couche quelques vibes qui lorgnent plus du côté de la simagrée que de la mélodie. 

Les bonnes surprises de cet album...

Première réjouissance de cette galette : « Centurion », le morceau qui ouvre l'album. Et quelle introduction ! Un beat contagieux, vibrant, une boucle efficace, une ambiance planante, aérienne, avec une belle nappe de violons en arrière-plan, un phrasé moins stéréotypé qu'à l'accoutumé... De quoi être conquis d'entrée. De surcroît, Booba parvient à donner une couleur très mélodique à sa diction sans utiliser l'autotune de façon outrancière. Textuellement, on reste dans l'egotrip - « Si t'enlèves Elie Yaffa, t'enlèves un Roi » - le puzzle de mots et de pensées, avec le sempiternel petit tacle à ses rivaux : « Sale fils de pute, tu ne respectes rien, on avait dit pas les parents ». 

Deuxième temps fort : le morceau « Terrain ». Le beat est noir, glaçant, épidémique et vibrant. Booba, le temps d'un titre, quitte le confort de son trône pour revenir sur le terrain justement. « Je trouve la lumière quand tout est noir » : c'est le parfum de Lunatic qui imprègne les lyrics de ce morceau. Le titre est concis, file à l'essentiel. Exit le phrasé carabiné trap, l'artiste nous propose quelque chose de bien plus spontané. « Terrain » remporte donc la couronne avec son beat signé Twinsmatic, duo qui a également marqué de son sceau l'excellent titre « Drapeau Noir ». Un mot également sur le tonitruant « Nougat », que l'on connaissait déjà avant la sortie du disque, puisqu'il met bien en avant les qualités textuelles et stylistiques de Booba. 

C'est donc sur les doigts d'une seule main que se comptent les bonnes surprises de cet album. Maigre butin. Considérez que les titres que je n'ai pas développé ne méritent pas que je couche davantage de mots sur cet écran. A mon sens, ils ne sont ni remarquables ni foncièrement mauvais et ils sont tout à vous, si vous souhaitez vous en faire une opinion. 

Pour résumer...

Puisqu'il est de rigueur de filer la métaphore, restons sur le Roi Booba et sur son Trône. Aujourd'hui, le rap du natif de Boulogne relève autant du petit seigneur ventripotent que de l'auguste souverain. C'est en tout cas le sentiment mitigé que me procure ce disque, moi qui suis pourtant un fan de la 1ère heure ! Pour autant, il reste et restera craint et respecté de ses sujets comme de ses ennemis aussi longtemps qu'il sera en exercice. En effet, ce ne sont pas les quelques déceptions de ce dernier album en date qui viendront bouleverser l'ordre établi. Si elle renferme tout de même quelques morceaux intéressants et inattendus, je pense à « 113 », « Terrain » ou « Centurion », je prie pour que cette 9ème réalisation ne soit que la pénultième mouture de sa riche carrière et non son point final. Il serait triste de voir le Roi faire sa sortie par une si petite porte, sans aller chercher sa décima... 

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