Chilla : notre avis sur son EP "Karma", avant son concert à Montréal

Chilla : notre avis sur son EP "Karma", avant son concert à Montréal

Dans quelques semaines, la rappeuse française Chilla viendra défendre ce premier disque devant le public québécois...


J’ai toujours préféré les voix féminines aux voix masculines en matière de musique pop. Pour ce qui est du rap français, c’est plutôt le contraire et je peux compter sur mes dix doigts les rappeuses françaises qui m’ont vraiment séduit. Sté Strausz (Souvenez-vous de « Ma Génération », quel titre !), Lady LaisteeKeny Arkana, c’est certain, Pand'Or, SiannaWallen peut-être aussi dans un registre plus R’N’B... Et maintenant Chilla ! Oui, gros coup de cœur pour cet EP intitulé Karma ! Je vous donne 3 raisons d'ajouter immédiatement ce Grand-Cru à votre table...   

Un timbre et de la technique !

« J’ai envie de dire « je viens rapper, je suis en talons, y’a quoi ? » Parce que j’ai tous les droits de faire du rap et d’être féminine... »

Avant de presser le bouton « Play », je ne connaissais Chilla que de nom et j'ai eu la très bonne idée de débuter mon écoute par l'excellent titre « Morale ». La première chose qui m'a frappé, c'est ce grain de voix très velouté et très féminin. Exit le cliché de la rappeuse agressive, qui pousse le bouchon, à l'image « bonhomme », que l'on retrouve énormément sur Youtube, j'ai l'impression de retrouver le timbre enchanté d'Angèle (jetez-y donc une oreille), la petite sœur du rappeur belge Roméo Elvis. Chilla chante, Chilla rappe : qu'importe le flacon, c'est toujours l'ivresse. S'il y a toujours eu une grande affinité entre le rap et la chanson française, la rappeuse lui donne encore plus de consistance avec cette polyvalence vocale et cette aptitude à jouer avec les mots. « Elle passe du rap au chant avec une aisance déconcertante comme pouvait le faire une Lauryn Hill » a dit, à juste titre, Kery James à son sujet. On sent, chez elle, une belle sensibilité artistique qui peut s'expliquer par un environnement familial dévoué à la musique, Chilla jouant d'ailleurs du violon. 

Un rap conscient, engagé et revanchard ! 

A mon sens, l'étiquette de « rappeuse féministe » est beaucoup trop réductrice, trop « cloisonnante » pour Chilla. Son combat pour le droit des femmes est légitime, noble, nécessaire et très à propos (« Sale Chienne »), mais gare à ne pas en faire cette chaîne (dont elle parle si bien dans le morceau « Si j'étais un homme ») qui pourrait l'empêcher de livrer au monde un propos qui est, pour moi, bien plus large et universel ! Chilla se bat pour les femmes, contre la misogynie (dont elle a été victime, notamment sur les réseaux sociaux), dans le rap et de manière générale, pour sa reconnaissance (« Je viens de nulle part »), son indépendance, contre ceux qui n'ont jamais cru en elle (« Morale », encore une fois) pour son Art, contre les faux-semblants (« Millionnaire » avec Fianso)... Elle prend aussi une revanche sur la vie (c'est d'ailleurs l'essence même de l'intitulé « Karma »). À l'aube de sa carrière, Chilla semble déjà avoir de la bouteille. Et si sa plume dénonce souvent, l'artiste maquille ses mots de beaucoup d'optimisme et voit souvent le verre à moitié plein. Un rap féministe, oui, mais surtout un rap conscient, engagé et revanchard ! 

Une production soignée

En guise de sommelier, nous retrouvons le producteur Tefa, également personnalité publique en France avec plusieurs apparitions à la télévision (l'émission Touche Pas À Mon Poste notamment). Un choix qui n'a rien de surprenant et qui matche bien avec la couleur engagée du disque. En effet, Tefa est à l'origine de titres forts et revendicateurs comme « Banlieusards » de Kery James ou « Cueille Ta Vie » de Keny Arkana. Il a également collaboré avec des artistes conscients comme Sinik (voir notre chronique du disque Drone), Sniper, Lino ou Vald (voir notre chronique du disque Xeu) plus récemment. Le fruit de sa collaboration avec Chilla ? Un équilibre solide et pétillant entre beats trap modernes, bondissants, avec de bons bassdrops et une rafraîchissante vibe old-school (« Aller Sans Retour », « Carpe Diem ») qui nous ramène dans les années 90, quand le rap mettait surtout l'accent sur le discours. « Surnaturelle », Chilla nous sort des trucs « intemporels »... 

Concluons...

Je commencerais par vous rappeler de prendre vos places pour le concert de Chilla qui aura lieu le 27 avril dans la salle Le Belmont à Montréal, un concert organisé par Smoking Camel. En effet, la rappeuse, féministe certes, féminine, c'est certain, s'impose surtout comme une artiste très complète et très prometteuse, dans son engagement, dans sa technicité. Mademoiselle, si vous me lisez, votre premier EP Karma, malgré sa relative jeunesse, a déjà tout d'un classic. Champagne ! 

Cruskin : notre entrevue inédite avec le groupe pop rock

Cruskin : notre entrevue inédite avec le groupe pop rock

XXXTentacion : l'artiste dévoile deux titres forts en émotions !

XXXTentacion : l'artiste dévoile deux titres forts en émotions !