Découvrons ensemble le rappeur français Léro !

Découvrons ensemble le rappeur français Léro !

Nous avons mis en place la rubrique laboratoire, pour vous présenter des artistes fraîchement débarqués. Découvrez le rappeur français Léro.


Si je devais présenter ton projet à un ami, lui définir exactement ton style, qu'est-ce-que je pourrais lui dire ? 

Tu pourrais lui dire que tu as découvert un jeune artiste de Caen qui pratique un rap indé teinté de sonorités électro.

Tu débutes fraîchement ton aventure musicale avec « Léro ». A ce stade de tes travaux, est-ce que tu imagines déjà le futur de ton projet et ce qu'il pourrait se passer ou vis-tu cette histoire au jour le jour sans anticiper ?

Aujourd'hui, mon principal objectif est de continuer à poster régulièrement des nouveaux morceaux et d'être le plus productif possible sur les dix mois à venir. La conception d'un EP 5 ou 6 titres avec une vraie couleur est également en réflexion, mais dans l'immédiat je préfère continuer de composer et d'apprendre. Pour le moment, je fais tout à la maison, et ce de manière autodidacte. Mais pour un projet tel qu'un premier EP, j'aimerais pouvoir enregistrer dans un studio professionnel de façon à pouvoir bénéficier du matériel et surtout des compétences d'un ingénieur du son. Il est abordable aujourd'hui de s'autoproduire avec un budget restreint, et de proposer un son écoutable. La majorité l'ont prouvé d'ailleurs. Mais comme le disait AKH dans une interview, qualitativement, il y a quand même une sacré différence entre une musique conçue et mixée en studio, et une musique faite dans sa chambre même avec du bon matos. C'est la raison pour laquelle je continue de faire des morceaux au jour le jour, pour trouver mon style, et surtout pour être prêt à collaborer avec des professionnels à l'avenir. Il est difficile de se projeter à ce niveau, surtout lorsque l'on souhaite créer quelque chose de différent, mais je crois en ce que je fais et mes proches me soutiennent dans ma démarche.

On s'est connu il y a quelques années, alors que tu étais acteur dans le milieu métal français. Comment en es-tu venu à faire du hip hop ?

En fait, j'ai toujours écouté du rap, même durant cette période où j'écoutais du punk et du métal, mais de manière beaucoup moins analytique. Durant presque dix ans, j’ai pris mes distances avec le rap français, non pas à cause du contenu que proposaient les artistes mais plutôt à cause du style des productions des années 2000, qui vraiment ne me plaisait pas. On peut clairement dire que ma culture rap est « atrophiée », j’ai arrêté d’en écouter en 2000 et j’ai repris en 2009. J’ai grandi avec MC Solaar, Le Secteur Ä, NTM, IAM, Le 3e Œil, la Fonky Family, 113, Saian Supa Crew, Disiz La Peste... Je crois que le déclic a été en 2009 quand est sorti « Perdu d'avance », le premier album d'OrelSan. Ce serait mentir de dire que son travail n'a pas eu d'influences dans ma décision de me lancer à écrire et à produire ; le fait qu'il soit de Caen, qu'il ait grandi dans une petite ville non loin de là où j'ai grandi, donne de l'espoir pour des gars comme moi qui ne viennent pas de la street. A l'époque je voulais vraiment faire parti d'un projet solide et ambitieux en tant que batteur, mais aucune pièce du puzzle ne s'assemblait correctement au sein des groupes avec lesquels j'ai pu collaborer. J'ai donc tout arrêté et j'ai commencé à décortiquer le rap pour tenter d'en comprendre le maximum d'aspects, et très vite ma curiosité s’est transformée en passion.

Je suppose qu'il y a des rappeurs, français ou internationaux, qui t'influencent...

Concernant la scène rap us, Wiz Khalifa, Mac Miller, Asap Rocky, Machine Gun Kelly, Mod Sun, Eminem, Yelawolf, Schoolboy Q, G-Eazy font partis de mes favoris de ces dix dernières années, pour ne citer qu'eux. Dans le rap francophone j'écoute des artistes aux styles complètement différents, je suis depuis leurs débuts le travail de tous les membres de 1995, j'écoute beaucoup Disiz La Peste, Sch, Vald, Georgio, OrelSan. Je suis de près également la scène belge avec Caballero et Jean Jass, Roméo Elvis, Damso. Il peut m'arriver d'écouter du rap étranger comme Cro qui est allemand, ou des rappeurs russes comme L'One, Mot ou Скруджи, et canadien aussi avec Loud.

Plus largement, tu as des influences dans d'autres registres ? 

Oui de nombreux artistes ont une influence sur ma façon de composer et d'écrire, et pas uniquement des artistes rap. Des groupes comme Twenty One Pilots, Mute Math, ou Tycho sont des groupes tous différents les uns des autres mais leurs sons me parlent et m'inspirent énormément quand je compose des prods. Des groupes plus anciens comme Deftones, Korn, Limp Bizkit ou même Linkin Park m'ont laissé une empreinte assez importante même s'ils ne sont pas intégrés à la scène rap directement. En France j'ai longtemps suivi les travaux de la team Nowhere qui, même si elle touchait un public plutôt métal, comportait tout de même des influences rap très détectables surtout chez Enhancer, et Pleymo pour certains titres.

Est-ce que tu penses à la scène ? Avec déjà des idées pour transposer tes morceaux en live ?

La scène, oui j'y pense énormément, mais ma priorité reste l'écriture et la composition dans l'immédiat. Construire un set nécessite de proposer des morceaux puissants et bien adaptés à la scène ; j'y penserais plus fortement lorsque j'aurais un projet à défendre comme j'en parlais au début. Néanmoins il m'arrive d'aller parfois aux open mic qui sont organisées à Caen, cela me permet de rencontrer d'autres passionnés, de passer de bons moments, et surtout de se familiariser à poser devant un public. C'est un très bon exercice, et j'invite tous les jeunes mcs qui redoutent de prendre le mic de ne pas hésiter à venir. L’association Ramp’Art propose de très bonnes choses pour défendre la culture hip hop, notamment des compétitions et divers ateliers pour les débutants.

"C'est bandant d'être indépendant" disait Booba. La rap indépendant est dans une période faste en ce moment. Beaucoup d'artistes brisent des records d'écoute ou de vues sans l'aide des maisons de disques. Est-ce que c'est quelque chose qui te galvanise en tant que rappeur indé ? 

Bien sûr, c’est super enthousiaste pour les jeunes artistes de voir qu’aujourd’hui il est beaucoup plus simple de diffuser sa musique en ligne qu’il y a quinze ans. De nombreux artistes ont créé le buzz avec des sons et vidéos autoproduits, ça donne beaucoup d’espoir. Désormais, en quelques clics tu peux vite savoir quel matos tu as besoin pour te confectionner un home studio, de quoi enregistrer des démos correctes. Néanmoins, être totalement indépendant reste très difficile, les majors ont un champ d’action très important et offrent, je pense, beaucoup de possibilités dans le développement d’un artiste. Pour ma part l’indépendance m’intéresse davantage, mais pour cela il faut une grande équipe, des gens soudés, passionnés et compétents autour de soi pour créer une entreprise solide.

Par rapport à ça, est-ce-que tu penses que le mode de consommation du rap en France est en train de changer ou l'avènement du rap indé en ce moment est juste une tendance selon toi ?

Le mode de consommation a déjà changé oui, j’ai connu l’époque où pour découvrir de nouveaux artistes tu restais des heures à écouter Skyrock, ou tu enregistrais tard la nuit les émissions rap sur MCM ou MTV sur VHS. Aujourd’hui tu choisis ce que tu veux écouter et voir de manière instantanée, l’auditeur n’achète plus, il fait des vues, et des écoutes. On peut l’associer à une tendance étant donné la multitude de nouveaux artistes présents et actifs sur YouTube, mais au delà de ça, cela prouve que les artistes ont aussi pour ambition de créer leur propre structure sans rendre de compte à personne, je trouve cela très honorable.

Tes morceaux comportent beaucoup de séquences chantées. Je pense à "Endorphines", ton dernier morceau en date, ou encore "Remède". L'exercice était-il difficile ?

J’ai toujours kiffé chanter, et ce quelque soit le style de musique. De manière générale, je trouve assez facilement des mélodies, mais la difficulté réside dans la justesse et l’interprétation. Je n’ai rien contre l’autotune, mais personnellement je trouve qu’une voix juste et brute est beaucoup plus belle à écouter qu’une totalement corrigée. C’est comme entendre une drums éditée et une drums exécutée parfaitement par un batteur, incomparable.

Je te laisse la parole, si tu souhaites passer un message, t'adresser au lecteurs français et à nos lecteurs canadiens également...

Pour terminer, je souhaitais simplement dire que je travaille en parallèle sur un autre projet en groupe avec mes gars Paul Fonix et Léka. L, de Caen également, et nous devrions sortir quelques sons d’ici la fin de l’année, à ne surtout pas manquer. Je te remercie Kevin pour m’avoir accordé cette entrevue, tes questions étaient très intéressantes et pertinentes, je souhaite une longue vie à ce nouveau site web que tu viens de mettre en place. 

Orelsan, un mot sur l'album : la fête est finie

Orelsan, un mot sur l'album : la fête est finie

Empty Rooms : notre avis sur l'album de Halflives

Empty Rooms : notre avis sur l'album de Halflives