Qu'est-ce qu'il nous restera : mon histoire avec Pleymo

Qu'est-ce qu'il nous restera : mon histoire avec Pleymo

Je ne pourrai pas assister au retour du groupe sur scène dans quelques mois. Mais laissez-moi vous raconter une histoire... 


Veuillez pardonner le caractère très personnel et romancé de cette chronique. Cette fois, il n'y aura pas de scoops, pas de critiques, pas d'exclusivité, juste l'envie de vous conter une petite histoire : mon histoire avec le groupe Pleymo. Nous avions laissé la formation en 2007, dix ans après ses débuts et après son excellent quatrième album Alphabet Prison. Dans quelques mois, plus précisément en mars 2018, le combo rock français fera son grand retour sur les planches pour fêter ses 20 ans d'existence. Au menu : une dizaine de dates dont un Trianon rempli en 24 heures et un Olympia annoncé dans la foulée. Un comeback qui revêt, pour moi, une importance toute particulière. Car oui, j'ai littéralement grandi avec Pleymo et je tenais à vous expliquer comment des fragments de leur aventure se sont parfaitement insérés dans certaines pièces de ma vie. Il était une fois mes premières fois avec Pleymo... 

Doctor Tank's Medicine Cake : mon premier disque de métal français.

Mon récit débute en 2002, je pense m'être trouvé musicalement. Ce n'est vraiment pas le cas. Elevé en banlieue parisienne, je baigne naturellement dans le hip hop. Ce n'est pas moi qui l'ai choisi, c'est lui qui m'a trouvé et je lui ouvre grand les oreilles. Mes premiers disques achetés ? Première Consultation de Doc Gyneco et Les Tentations de Passi. Je n'ai pas un rond, j'achète en occasion. On me parle de musique rock, de métal, cela m'indiffère, cela m'insupporte, cela m'effraie. Hollywood de Marilyn Manson est dans les bacs depuis quelques mois; mais je n'ai que 17 ans, la moitié d'un cerveau verrouillé et je gobe toutes les rumeurs sur les atrocités supposées de Brian Warner sur scène. La pochette du Iowa de Slipknot me file de l'eczéma. J'ai de grands doutes sur la santé mentale des adeptes de ce registre, pire, sur leurs orientations politiques... Nawak.

On me présente Blink 182, le soleil, c'est gentillet. Enema Of The StateTake Off Your Pants And Jacket, la parfaite bande son des années cons, des années boutons, des années tarte aux pommes. Passons. La premier contact avec Pleymo est très difficile. La bâtardise ! Un objet musical non identifié, inaudible mélange de guitares lourdes et de rap français. De la vraie musique de sauvages. Ce sera sans moi... Mais, peu après, mes oreilles rencontrent le Significant Other de Limp Bizkit. Incroyable, la magie opère, le miracle se produit ! La recette est pourtant, en substance, très identique mais quelque chose se passe. Ma perception de ce registre s'éclaire, j'en intègre les codes...

Je ne suis pas très précis sur les dates et j'en suis désolé. Mais chronologiquement, je peux vous assurer que mon récit est fiable.  Seconde lecture de Doctor Tank's Medicine Cake : c'est une révélation ! Je tombe en amour avec ce disque que j'ai jadis, de toutes mes forces, détesté. L'amour, la haine, ne sont-elles pas deux faces d'une même médaille ? Il semblerait. Il en reste que je retourne ma veste. Ce deuxième disque de Pleymo, après Keçkispasse, intègre rapidement ma discothèque et, avec une perspicacité toute retrouvée, j'en retire ces influences que je n'avais su déceler à première écoute et que pourtant j'adorais, NTM en tête de liste. 

Pleymo, mon premier concert de métal français.

2003, je lis la presse rock française. En quelques semaines, je vois Sum 41 et Marilyn Manson sur scène. Oui, dans la foulée, je me suis réconcilié avec ce dernier et j'adopte son Golden Age Of Grotesque. Je fais des concours, beaucoup de concours ! Je rêve de voir jouer un groupe de métal français. J'achète Rock, le troisième album de Pleymo, conquis par le morceau « 1977 », diffusé sur un sampler Rock Sound. « Modaddiction », « Divine Excuse », titres qui vulgarisent - au sens positif du terme - la mélodie dans le métal français, ouvrent un peu plus mon esprit. 

Victoire ! Je remporte deux billets pour un concert privé dans les studios de la radio Le Mouv' avec SilmarilsWünjo et... Pleymo, qui vient jouer ses nouveaux morceaux. Autant dire qu'il va y avoir du sport. Si ma mémoire est bonne, il me semble que c'est l'une des premières fois, si ce n'est la première, que Pleymo joue ses nouveaux morceaux sur scène. Il est possible que je me trompe. Nous sommes fin octobre 2003, le 24 je crois. Wunjo est un très bon échauffement. La formation, intégrée au collectif Nowhere fait le boulot. Pleymo arrive, mené par son frontman Mark. Le show est carré, très bien démarré, plein d'envie, trop vite fini. Mais la soirée, elle, ne fait que commencer...

Pleymo, ma premiere entrevue de journaliste.

Quelques semaines avant le concert en question, je fais mes débuts à la faculté, cette usine à chômeurs. A l'époque, je l'ignorais. Soucieux de faire les choses correctement, de me construire un hypothétique avenir dans le milieu du journalisme et de la Musique, je m'inscris au journal de l'université : Le Canard Enchanté. Tiens, l'un des rédacteurs de ce canard a eu l'opportunité d'interviewer Enhancer.... Intéressant ! Leur album Street Trash, quel chef d'oeuvre ! Je m'égare... Et si, pour mon premier article, je trouvais un moyen de poser quelques questions au groupe Pleymo ? Hum, je n'ai pas de contacts. Cela risque d'être peine perdue. 

« Tu n'arriveras à rien si tu n'y vas pas au culot ». Ce conseil, que me donne alors l'un des mes collaborateurs, sonne déjà comme une maxime. Je décide de préparer quelques questions, juste au cas où, en me disant que je pourrais peut-être approcher le groupe après ce concert privé auquel j'ai la chance d'assister. J'y vais à l'instinct, j'y vais à l'envie. A l'entrée, armé d'un courage insolent, je demande à parler à la personne qui manage le groupe. Surprise ! Le type débarque. Abandonnant la moitié des mots dans ma barbe - je suis pourtant rasé de près - je demande à pouvoir interviewer le groupe. « Je rédige pour un journal universitaire, je suis fan de Pleymo, j'aimerais leur poser quelques questions ». Le gars me dévisage, me dit qu'il va voir ce qu'il est possible de faire, il me fera signe après le show si cela est possible. Mes chances de succès semblent nulles. 

Wünjo, Pleymo, Silmarils... Le show s'achemine avec qualité jusqu'à son terme. Tout le monde se lève, les lumières se rallument. J'attends quelques minutes, m'offrant au dépit qui déjà me guette et se moque de moi. Puis, le manager, ou l'attaché de presse, honnêtement je ne sais pas trop qui était ce mec si gentil à l'époque, débarque et m'interpelle : « Viens avec moi, on va rejoindre le groupe pour ton interview ». Incroyable ! Ce soir c'est grand soir ! Mon frère et moi pénétrons dans les vestiaires où je rencontre Fred, Davy et Benoît qui, très simplement et très gentiment, m'offrent ma premiere véritable interview de journaliste. Un moment qui restera gravé. 

Pleymo, Enhancer, Nowhere... Premiers pas comme « professionnel » dans la musique.

Nous sommes en 2008, bientôt dix ans, rendez-vous compte ! J'en suis certain : il y aura de la Musique dans mon avenir. J'ai obtenu suffisamment de bonnes notes, peut-être pourrais-je vivre de celles-ci. Pour mes premiers pas dans cet univers, je suis guidé par le groupe Enhancer qui m'ouvre les portes de son studio, de sa famille, de sa maison, à quelques mètres de là où fût immortalisée la réunion du collectif Nowhere pour la pochette du Best-Of. J'apprends, énormément. Avec David Gitlis notamment, l'un des trois chanteurs du groupe, qui m'aide à prendre confiance en moi et me laisse prendre beaucoup d'initiatives. Je participe activement à la sortie du disque Désobéir. Promotion, concerts, déplacements, je suis une petite main qui se casse la tête pour être sur tous les fronts. J'ai vraiment adoré ça.

Notre collaboration s'avère fructueuse. De fil en aiguille, je participe au tricotage du Best-Of de la Team Nowhere et je rencontre une nouvelle fois les mecs de Pleymo. Mon travail, anecdotique ou non, est immortalisé dans les crédits de l'album. Ce n'est pas de la prétention de ma part, ne vous méprenez pas. Cela cimente davantage mon histoire avec le groupe, c'est tout. Cerise sur le Medicine Cake de mon histoire avec Pleymo et Nowhere : me voilà propulsé sur une page de magazine ! Le magazine en question s'appelle alors Rock One. Nous étions, le collectif en moi, en journée presse dans un pub sur Paris et je ne sais pourquoi Pierre Veillet, alors rédacteur en chef et photographe de ce cahier, avait tenu à ce que j'apparaisse sur la photo aux côtés de tous ces musiciens. Star éphémère... L'article s'intitulait « Nowhere, que des numéros 10 dans ta team ». Gros souvenir doublé d'un amusant clin d'oeil au fan de Booba que j'étais ! Avec une naïveté très adolescente, j'y voyais de nouveau le signe d'un futur enthousiaste dans l'univers de la Musique. « Youth »... 

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Mais cela, mesdames et messieurs, c'était avant le drame... Pardonnez l'hyperbole, il était juste tentant de citer Frank Dubosc. Permettez que je m'offre un petit aparté avant d'assombrir le tableau : j'ai vraiment apprécié collaborer, de près ou de loin, avec des mecs comme Davy Portela, pendant sa pige avec Enhancer puis sur Lula Fortune, ou Fred Ceraudo, lorsqu'il drummait avec la formation métalcore Hewitt. Deux gars en or, qui ont cette simplicité, cette passion et cette humilité qui grandissent leur carat. Revenons. J'ai écouté Pleymo, j'ai interviewé Pleymo et j'ai travaillé avec Pleymo. Mais, à l'image de toutes ces comédies dégueulasses que nous vomissent les productions françaises, il n'y a pas de bonnes histoires sans une pointe d'amertume. Pleymo, Enhancer, Nowhere m'ont offert un ticket d'entrée vers la Musique en tant que professionnel. Je me suis retrouvé dans un rollercoaster émotionnel qui finalement s'est écrasé dans le mur à pleine vitesse. C'est peut-être pour cela qu'aujourd'hui je ne porte plus les parcs d'attractions dans mon coeur. L'ingratitude du milieu, son manque de reconnaissance ont eu raison de moi. La petite main s'est arrachée les cheveux et en a eu plein le dos. Cette mésaventure n'a pas de corrélation directe avec Pleymo, évidemment. Mais le jeune rêveur que j'étais, sans recul raisonnable sur la situation, a longtemps conservé cette aigreur pour la scène française et tous ses représentants après que les choses aient mal tournées.  

Concluons...

J'espère sincèrement ne pas vous avoir embarrassé en troquant ma panoplie de journaliste pour celle du fan avec ce billet. Dans la confusion, j'ai d'ailleurs eu beaucoup de mal à trouver un équilibre stylistique, peut-être vous en êtes vous rendu compte à la lecture. Mais vous l'avez constaté : de manière plus ou moins involontaire, mon histoire avec la Musique est, en quelque sorte, liée à celle du groupe Pleymo, du collectif Nowhere in extenso. L'existence même de ce site ! Aujourd'hui, je me suis installé de l'autre côté de l'océan. Autant dire que je ne percevrais pas une note, pas un scratch, pas un vrombissement de basse, lorsque vous assisterez au retour scénique de l'un des plus emblématiques groupes de métal français. Et cela m'attriste un peu.

Alors c'est vrai, le fan que j'étais a perdu l'adrénaline, et j'ai depuis longtemps tiré un trait sur une éventuelle carrière de collaborateur en maison de disque ou au chevet des artistes. La faute à trop de déceptions, trop de claques reçues, de promesses qui se sont perdues en chemin. J'ai fini par en être écoeuré du métier, de la Musique en général. Une certaine rancune s'est installée. Aussi, adopter la position du journaliste me paraît bien plus confortable et indolore. Ce fût ma meilleure arme pour aller de l'avant. Mais je digresse, on ne changera rien. Il reste que je n'aurai pas craché sur une petite ligne de nostalgie, pure, innocente, directement dans l'oreille. Une dernière fois. 

Il est peu probable que les Pleymo retirent une quelconque fierté d'avoir participé à mon apprentissage et à mon évolution culturelle. Il est peu probable que tous me lisent aujourd'hui ou se souviennent de moi d'ailleurs. Tant pis, il seront les ignorants héros de ce récit ! Pour une vie de détails, on s'agrippe, on se tient fort, chaque parcelle de cette histoire, futile soit-elle, a beaucoup compté pour moi même si la réciproque est impossible. Qu'est ce qu'il me restera ? La fierté d'avoir fait partie de l'aventure Pleymo les gars, sachez-le. Le temps d'un Best Of, juste un instant que l'on avale plus vite qu'un sandwich McDo...


Ils m'ont raconté leur histoire avec Pleymo...

« Ce devait être en 2004 ou 2005, pour la tournée Rock. On est partis avec 2 potes pour un périple de quelques heures en voiture pour rejoindre Toulouse, où Pleymo faisait une dédicace pré-concert dans la Fnac. Le problème, c'est qu'il y avait 2 Fnac dans cette ville (on l'a découvert sur place, vous vous doutez bien). Après un petit coup de stress et de speed, on arrive enfin sur les lieux, parmi les derniers, on fait dédicacer nos billets et je porte pas peu fier mon T-Shirt Team Nowhere de la Street Team que je fais dédicacer par Mark (qui était un peu mon idole de l'époque, à l'instar de Dexter Holland ou Tom DeLonge pour plusieurs raisons). Je me souviens que Mark chantait le refrain de « Freak » de Silverchair quand on est arrivé. Ça se passe très vite. Avant de partir, Mark demande s'il peut nous prendre en photo avec son appareil perso, pour un album de souvenir qu'il réalise, on accepte.

On se rend sur les lieux du concert bien bien en avance, et on peut s'installer contre les barrières. Le show débutera par « Divine Excuse », et je me souviens avoir pensé que, pour un morceau à la réputation « pop », il envoyait déjà sacrément du lourd en live. Je suis à fond tout le long. Je chante toutes les paroles par cœur comme si j'étais pour quelques heures le frontman du groupe, ce que, je pense, le chanteur remarque puisqu'à peine le show terminé il se jette sur moi, premier d'une série d'accolades avec le public. 

On reste encore sur les lieux, une fois la salle évacuée, le groupe revient saluer ses fans, on discute un peu avec Benoit, qui nous parle de leur idée de faire un double album pour le 4ème, avec un disque plus mélodique et un disque plus bourrin/neo histoire de contenter tout le monde. On trouve l'idée géniale. Mark arrive en dernier, je me décide timidement à l'approcher, et la seule phrase qui vient est la question la plus débile possible à ce moment-là : je lui demande si son projet d'anime Anatane/Les Enfants d'Okura est produit par des japonais ou des chinois. Sa réponse : des coréens. Epic fail.

On repart sur le parking, décidés à faire les groupies jusqu'au bout. Dans la bagnole, du Pleymo à fond, Davy passe à côté de nous et nous salue, le plus sage de la bande, il semble rejoindre sa voiture. On suit le tourbus qui démarre, on est grillés, on double, on fait un tour de rond-point, on re-suit le tour bus jusqu'à son hôtel. Là on décide de se montrer dignes, et on passe une dernière fois devant la cour de l’hôtel, les fenêtres baissées, toujours du Pleymo à fond sur l'autoradio, les membres de Pleymo qui descendent du véhicule nous saluent/nous font des signes, on quitte les lieux. Le lendemain, je discute avec une amie photographe (Xe-La, perdue de vue depuis) qui les a shooté ce soir-là et a passé la soirée avec eux, et qui m'a dit quelque chose comme : « vous auriez du vous arrêter, je suis sûre qu'ils vous invitaient à les rejoindre, on a fêté l'annif de [je sais plus qui]. » Je les ai revus une dernière fois à Montpellier pour la tournée Alphabet Prison. Je n'ai jamais cessé d'écouter du Pleymo jusqu'à ce jour. »

Sylvain, Créateur du webzine House Of Wolves, Aix En Provence

« J'ai été voir le concert à Denain dans le Nord. Nous étions 3. Après le concert, nous sommes partis, on s’était dit que ça serait trop long d'attendre le groupe... A 1 km de la salle, en plein centre ville, 1 heure après le concert, nous nous sommes arrêtés sur un banc pour attendre la mère d’un ami qui venait nous récupérer. Quand, d’un coup, un van s’est arrêté et la surprise : c’était Pleymo ! Les loges étaient pile à l’endroit où nous étions et ce, sans le vouloir ! Du coup, nous avons pu prendre des photos et parler avec eux. C’était top ! C’était le jour des 30 ans de Mark en plus... »

Dimitri, Le Quesnoy

En 2003, Pleymo sort Rock. Je découvre cet album par hasard en déambulant dans les rayons de la Fnac en 2004. Une année importante pour moi, pour d'autres raisons. Mais, je suis contente de me rendre compte aujourd'hui que c'est grâce à ce cd si j'ai assisté quelques mois plus tard, le 4 novembre 2004 précisément, à mon premier concert de métal. Ce soir-là, sur la scène du Zénith, Pleymo m'a impressionnée par sa maîtrise et son charisme. Et depuis ce jour, grâce à ce groupe, j'ai enchaîné les concerts. Malgré tout, Pleymo restera une des figures les plus emblématiques en live pour moi. Et je suis contente qu'un tel groupe ait décidé de remettre ça en 2018. Et que le public ait répondu présent. 

Chloé, Paris

 

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