Découvrons ensemble le rappeur Squerl Noir !

Découvrons ensemble le rappeur Squerl Noir !

Cette deuxième entrée de notre rubrique "Laboratoire" est consacrée au rappeur francophone Squerl Noir, originaire d’Ottawa... 


Régulièrement, nous partons à la découverte des artistes émergents, de tous les registres, pour vous les présenter. Découvrez avec nous Squerl Noir, rappeur originaire d'Ottawa, qui vient de sortir un titre intitulé « Calypso » et qui a beaucoup d'ambition et de projets pour la suite... 

Si je devais te présenter et résumer ta musique à un ami, en quelques lignes, pour qu’il comprenne bien qui tu es, et ce que tu proposes artistiquement, que devrais-je lui dire ?

Oh, cette première question me pose déjà des problèmes, ça promet pour la suite ! Je lui dirais que mon projet est une rencontre d’influences. C’est du rap, un peu sombre, écorché, mais plein d’énergie, qui rencontre des sonorités un peu plus atmosphériques et indie dans les beats. Après, je lui dirais que le mieux, c’est de « l’entendre » pour le croire !

« Ottawa, c’est en plein développement. On est clairement encerclé par ces deux géants que sont Toronto et Montréal. Il y a beaucoup de travail encore, mais j’ai espoir que la scène rap se développe de plus en plus ici... »

En arrivant au Canada, on m’a beaucoup parlé de la scène rap montréalaise, celle de Toronto également. Comment se porte la scène rap à Ottawa ?

Ottawa, c’est en plein développement. On est clairement encerclé par ces deux géants que sont Toronto et Montréal. De base, la ville a une scène très communautaire. Il y a les anglophones et les francophones, qui poussent chacun de leur côté et la plupart des artistes sont émergents aux yeux de l’industrie de Toronto et Montréal. Pour la scène rap francophone, celle dans laquelle je me tiens, il y a beaucoup de travail à faire de mon point de vue. Ottawa est plus une ville folk et rock, que rap - hip-hop, mais je pense qu’il y a quand même une grosse demande si on considère aussi le fait que Gatineau est juste de l’autre côté de la rivière.

Le Minotaure et le Petit Chicago, du côté de Gatineau, ont la plus grosse programmation rap francophone de la région, je pense. Ils font venir les gros noms de Montréal, et offrent des premières parties aux artistes locaux. J’ai eu la chance de bénéficier de leur confiance pour KNLO, Alaclair Ensemble et LOUD. Ce sont vraiment des acteurs majeurs dans le développement de la scène locale et je les remercie pour ça !

Du côté d’Ottawa, quand tu es en développement, c’est vraiment compliqué de trouver des premières parties par exemple. Il n’y a pas tant de shows rap. Mais les choses bougent petit à petit et c’est cool. Il y a des initiatives, depuis peu, comme avec les soirées #HautesVibrations, organisées par le rappeur Le FLO Franco. Il book une salle et invite des artistes émergents à la fois anglophones et francophones. C’est l’opportunité de travailler avec la scène anglophone, qui est bien plus développée que la nôtre. J’ai eu la chance de participer à la deuxième édition et j’espère que ça va vraiment grossir. Il y a aussi l’initiative du rappeur Le R Premier, de mettre en place un challenge rap avec des MC's de la région. Il y a eu deux éditions vraiment intéressantes jusqu'ici. J’étais dans le challenge sur la deuxième édition, et c’était bien de voir les gens se déplacer et venir soutenir des rappeurs émergents locaux. Il y a beaucoup de travail encore, mais j’ai espoir que la scène rap se développe de plus en plus ici. Il faut que les gens sortent voir des shows et soutiennent leur scène locale. C’est essentiel et je suis optimiste pour ça ! 

Peux-tu nous raconter un peu l’histoire de ton morceau « Calypso » ? 

Dans le fond, « Calypso », c’est un peu l’histoire de mon arrivée au Canada (je suis originaire de la France). Quand tu pars comme ça de chez toi, (et je pense que tu es bien placé pour le savoir) ce n'est pas toujours facile ! C’est un peu un parallèle avec L’Odyssée d’Homère, le personnage de Calypso représentant la terre canadienne. Mais le thème principal, c’est surtout le fait que de partir de chez soi signifie se lancer seul dans la vraie vie ! Ce n'est pas toujours tout rose de s’expatrier, comme tout le monde peut le penser du point de vue de ton entourage. Il y a des difficultés, des défis et c’est cela qui forge ta personnalité. Puis j’ai écrit ce texte dans une phase où je ne savais pas trop si je voulais rester ou partir. C’est pour ça qu’il y a une grosse ambiguïté dans les paroles et surtout le refrain. J’utilise par exemple le mot « Chaos » non pas de façon péjorative, mais pour souligner le désordre. C’était le bordel dans ma tête et ce que je ressentais à ce moment là. Sur le beat, j’ai vraiment essayé de composer un truc entraînant, qui motive, avec une pointe de mélancolie dans la guitare, pour souligner encore plus l’aspect confus de cette époque. Je voulais aussi un côté indie dans les sonorités de la guitare, qui se mélange avec une rythmique plus inspirée du rap old school. 

On a sorti un vidéo avec Antoine de Lonely Fire Productions, un vidéaste d’Ottawa vraiment talentueux. Il a vraiment réussi à souligner cette dualité avec les effets de caméra. Il a fait un petit clin d’œil visuel à Calypso qui est souvent représentée par l’eau dans les récits mythologiques. Il a complété et renforcé le texte avec sa vidéo et j’en suis super content ! 

Tu semble très attaché à la langue et aux mots. Le rap en français te donne t-il plus de possibilités pour t’exprimer que le rap anglophone ?

Carrément ! J’ai eu d’autres projets musicaux, et j’écrivais toujours en anglais. Quand je noircis la feuille, j’ai beaucoup d’images qui me viennent en tête et, naturellement, je les décris en français. Mais là, je devais traduire mes idées et souvent ça enlevait beaucoup de force au poids des mots. Mais le problème, c’est qu’en français, c’est plus facile d’être kétaine ou cliché et d'être maladroit dans l’écriture. Donc c’était aussi le défi de se lancer et d’exposer mon écriture en première ligne, plutôt que de me cacher derrière l’anglais. En même temps, c’était aussi l’opportunité d’enlever les filtres et les masques derrières lesquels je m’abritais en faisant de la musique. Le rap en français me donne cette liberté et ce défi, d’aller plus loin et plus en détails dans l’écriture, dans l’approfondissement des textes, des sujets traités. C’est vraiment une redécouverte de l’écriture en français pour moi et de l’écriture des textes en fait !

« Je ne tiens pas à parler de situations que je ne connais pas juste pour prétendre être engagé, et que ça soit faux. Le plus important c’est d’être authentique »

« Qui peut prétendre faire du rap sans prendre position » ont écrit plusieurs rappeurs français. Quelle est ton opinion là-dessus ? Te considères-tu comme un artiste engagé ?

Je suis pas mal d’accord avec cette idée. Je pense que le rap a eu ce rôle dans l’Histoire, de donner une voix à des personnes qui ne l’avaient pas. Et même si de nos jours, le rap devient de plus en plus mainstream, il est important de ne pas oublier la source et l’essence même de tout ça. C’est un moyen d’expression surpuissant aujourd’hui. Je ne dis pas que tous les morceaux rap doivent être politiques, ou prendre position sur un sujet. Mais j’ai quand même ce sentiment que le rap te prend aux tripes quand il devient engagé et te balance la réalité en pleine face. J’admire des artistes comme Kery James qui ont mis une grosse claque à tout le monde avec des titres mythiques comme « Lettre à la république » ou « Racailles » ! 

Je ne pense pas être engagé, du moins pas encore, même si dans mes prochains morceaux, certains textes traiteront vraiment de ma vision de la société et du comportement des êtres humains. Effectivement, je prendrai position sur ces sujets là, car je dépeindrai ma propre vision des choses. C’est sûr que je parle aussi de sujets que je vis et de la réalité à laquelle je suis confronté. Je ne tiens pas à parler de situations que je ne connais pas juste pour prétendre être engagé, et que ça soit faux. Le plus important c’est d’être authentique !

Quelles sont les artistes qui t’influencent pour écrire et composer ? Que ce soit dans la musique ou non…

En terme d’écriture, c’est assez large. J’admire Mc Solaar, IAM, NTM ou encore Sniper, des artistes de mon enfance. Plus récemment, des artistes comme Nekfeu, maître du multi-syllabique, Georgio, Davodka ou encore Loud pour le rap québécois. Dans une case moins rap, en terme de textes, j’aime beaucoup la plume de David Giguère, Albin de la Simone, Salomé Leclerc par exemple. Mais il y en a tellement d’autres, je ne peux pas tout citer, j’en oublie même à tous les coups. Après d’un côté plus littéraire, je suis tombé par exemple sur un recueil de Jacques Prévert sur le bureau d’une amie dernièrement, puis ça m’a totalement « blow-mindé », la finesse de son écriture, ses métaphores, ses images, etc... C’était puissant !

En terme d’instrumentations, je suis pas mal fan de ce que fait le collectif parisien de la 75e Session (Népal, Doums, Sopico, etc). Les beats de Koriass sont malades (ses textes aussi au passage), en live, avec le drummer et le bassiste c’est vraiment bon. J’aime l’énergie qu’il va chercher dans et la lourdeur qu’il ajoute à ses instru. On parlera pas du travail de Ajust (Loud, LLA) qui est totalement insane en temps que beatmaker. Après, pour les sonorités, je te parlais d’influences indie, un mot qui veut plus vraiment rien dire mais je parle d’artistes comme All The Luck In The World, Explosion In The Sky, The Japanese House ou encore Tash Sultana, qui sont loin de la sphère rap. 

Squerl Noir - Le Petit Cahier

Comment envisages-tu la suite de tes aventures musicales ? As-tu un plan précis en tête, une direction précise pour ta carrière ou préfères-tu vivre ton projet au jour le jour ?

Pour le moment j’essaye vraiment d’être dans le développement scénique, faire le plus de scène possible, des premières parties, n’importe quoi, je veux juste jouer le plus possible ! Mais j’essaye aussi d’alimenter par de nouveaux titres et prochainement des freestyles. Je pense que, de nos jours, c’est bien trop compliqué de faire carrière au jour le jour. L’industrie musicale ça va vite, et il faut avoir des coups d’avance pour être présent. C’est un « long game » !

Quelles sont tes prochaines échéances ? Un disque, un nouveau clip, des concerts ? As tu quelques exclusivités à nous révéler ?

Je prépare un nouveau clip avec Antoine de Lonely Fire Productions et, je peux te le dire, ça va sortir à la mi-avril je pense. Le titre s’appellera « La Peau ». J’ai vraiment hâte de dévoiler ça ! Ensuite, je pense balancer un freestyle. Et tout ça m’amène à travailler sur un EP pour la fin de l’année ou le début 2019. En terme de concerts, ça va bien aussi. Je t’ai parlé des soirées #HautesVibrations à Ottawa, une nouvelle tournée vient d’être annoncée, et même si le line-up est encore secret, c’est possible que je sois de nouveau invité par mon pote à venir kicker sur une des dates ! J’essaye aussi de venir jouer à Montréal, rien de concret mais j’y travaille fort.
Pour finir, je vais aussi être le sideman du rappeur Shawn Jobin, le backer sur des dates, je suis vraiment ultra content qu’il ait pensé à moi et j’ai bien hâte de collaborer avec lui. On fait notre première date ensemble le 16 mars à la Place des Arts de Montréal avec le groupe Ponteix.

Quels sont les artistes et chansons que tu écoutes en ce moment ? Des coups de cœur à partager avec nous, des recommandations ?

En ce moment, j’aime vraiment « Petit Jesus » de Lary Kidd, le clip est tellement cool, le beat est malade... L’album de Sopico « Yë » (découvrez notre chronique du disque) aussi est totalement fou. Puis sérieusement, je bloque sur l’album de Lomepal (bientôt en duo avec Roméo Elvis ?) « Flip ». J’ai aussi vraiment tripé sur le nouvel album de Tim Dup, il a une belle plume !

Je te laisse le mot de la fin...

Pour terminer cela, j’aimerais vraiment te remercier pour cette entrevue. Et souligner que c’est grâce à des médias comme le tien que les artistes émergents arrivent à faire des choses. Votre appui, votre curiosité, et ce genre d’opportunité, c’est essentiel ! Merci d’avoir le goût de faire découvrir des projets à tes lecteurs et j’espère qu’ils apprécieront ma proposition. Alors c’est ça, un énorme merci et j’espère te croiser prochainement à Montréal ou Ottawa qui sait ! Cheers !


Merci à Squerl Noir pour cette entrevue ! N'hésitez pas à suivre son actualité sur son facebook officiel !

Vous débutez tout juste votre carrière musicale ? Vous êtes un nouvel artiste / groupe hip - hop, pop ou rock et vous venez de dévoiler vos premiers morceaux ? Courez la chance de présenter votre travail sur notre site ! Envoyez-nous vos réalisations à l’adresse suivante : kevin@lepetitcahier.com, et nous pourrons peut-être les diffuser dans notre rubrique « Laboratoire ». 

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